Le conflit au Moyen-Orient commence à produire des effets tangibles sur les équilibres macroéconomiques africains. Selon un rapport conjoint de Banque africaine de développement, de Union africaine et du Programme des Nations unies pour le développement, pas moins de 29 monnaies africaines sont actuellement en phase de dépréciation, sous l’effet combiné des tensions géopolitiques et de la flambée des prix de l’énergie.
Présenté le 2 avril en marge de la 58ᵉ session de la Commission économique pour l’Afrique, le document met en évidence une fragilisation rapide des économies du continent depuis l’escalade du conflit fin février 2026. Si les devises concernées ne sont pas précisées, ni la monnaie de référence utilisée (dollar ou euro), les impacts économiques se font déjà sentir.
La dépréciation des monnaies africaines renchérit le coût de la dette extérieure et alourdit la facture des importations stratégiques, notamment les carburants, les produits alimentaires et les engrais. Cette situation accentue les vulnérabilités budgétaires et extérieures de plusieurs pays, dans un contexte déjà marqué par des marges de manœuvre limitées.
Dans le même temps, la hausse des prix du pétrole, estimée à plus de 50 % à la fin du mois de mars, exerce une pression supplémentaire sur les économies africaines, largement dépendantes des approvisionnements énergétiques en provenance du Golfe. Dans le secteur aérien, près de 70 % du carburant importé transite par le détroit d’Ormuz, illustrant la forte exposition du continent aux perturbations géopolitiques.
Cette flambée des prix alimente des tensions inflationnistes croissantes et affecte en priorité les ménages les plus vulnérables. Le secteur agricole est également sous pression, avec des perturbations dans l’approvisionnement en intrants essentiels comme l’ammoniac et l’urée, en pleine période de semis. Le risque sur les prochaines récoltes et sur la sécurité alimentaire du continent devient ainsi plus prononcé.
Face à ces défis, les institutions africaines appellent à des mesures urgentes pour stabiliser l’accès aux produits essentiels et protéger les populations. Elles recommandent également de renforcer la sécurité énergétique et d’accélérer le commerce intra-africain via la Zone de libre-échange continentale africaine, tout en engageant des réformes structurelles pour mobiliser davantage de ressources internes.
« Les institutions africaines et les partenaires au développement doivent agir rapidement et de concert pour amortir les effets à court terme tout en construisant une résilience durable », a déclaré Dr Sidi Ould Tah, Président de la BAD.