À Abidjan, le pôle pénal économique et financier a auditionné, mardi 7 avril 2026, plusieurs responsables d’entreprises liées au député ivoirien Stéphane Kipré dans le cadre d’une affaire de blanchiment présumé. Cette procédure, qui s’annonce comme un feuilleton judiciaire de premier plan, porte sur des soupçons de flux financiers illicites impliquant des transferts en espèces, des montages financiers peu lisibles et des incohérences comptables relevées par les enquêteurs.
Au total, onze personnes ont été entendues, parmi lesquelles des responsables politiques – dont un député et un maire – ainsi que des dirigeants d’entreprises. Les sociétés concernées, actives notamment dans les secteurs des BTP, de la logistique et du conseil financier, opèrent entre la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo et Hong Kong. Parmi elles figurent Prince Capital Limited, SK Global Investment Group SA et JYL International Group Consulting Limited.
Au cœur des interrogations, la filiale ivoirienne SK Global, installée à Abidjan depuis 2021, censée développer des activités de financement et structurer une stratégie autonome sur le marché local. Or, selon les éléments du dossier, cette autonomie n’aurait jamais été effective. L’entité aurait fonctionné essentiellement grâce à des apports financiers en provenance de sa maison mère basée en République démocratique du Congo.
Les enquêteurs s’interrogent surtout sur les modalités de transfert de ces fonds. Les premières conclusions pointent des flux réalisés, pour une large part, en dehors des circuits bancaires classiques. Des transferts en espèces seraient privilégiés, alimentant les soupçons de blanchiment. À cela s’ajoute l’absence de documents attestant de conventions formelles entre les entreprises mises en cause et certains établissements bancaires cités dans la procédure. À la barre, le directeur général de la filiale ivoirienne a d’ailleurs reconnu l’absence de tels accords.
L’analyse des comptes présentés a également fait émerger des incohérences significatives. Le parquet a notamment relevé un décalage entre des charges élevées – fiscales, salariales et opérationnelles – et l’absence apparente d’activité génératrice de revenus. Les chiffres avancés pour la période de mars à avril 2022 illustrent ces contradictions : des dépenses mensuelles dépassant les 200 millions de FCFA, alors que les apports déclarés de la maison mère seraient bien inférieurs.
Face à ces interrogations, la défense évoque des acquisitions réalisées pour le compte du groupe, sans toutefois convaincre pleinement à ce stade de la procédure. La présidente du tribunal a elle-même souligné les zones d’ombre entourant une structure déclarée sans clients ni marchés identifiés, mais affichant des niveaux de charges particulièrement élevés.
La prochaine audience, fixée au 12 mai 2026, devrait permettre d’éclaircir ces points et de préciser la nature des opérations financières en cause. Dans un contexte de renforcement de la lutte contre le blanchiment en Afrique de l’Ouest, cette affaire pourrait faire jurisprudence et relancer le débat sur la traçabilité des flux financiers et la gouvernance des groupes transnationaux opérant sur le continent.