La République démocratique du Congo (RDC) franchit une étape importante dans le renforcement de son dispositif de lutte contre la criminalité financière. Le pays a été officiellement retiré de la liste des juridictions soumises à une surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI), à l’issue de la plénière du 30 octobre 2026 à Paris. L’annonce a été faite par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi. Cette décision intervient quatre ans après l’inscription du pays sur cette liste, en octobre 2022.
Placée sous surveillance renforcée en raison des insuffisances de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), la RDC a engagé un programme de réformes destiné à mettre son cadre juridique, institutionnel et opérationnel en conformité avec les standards internationaux. Les avancées enregistrées ont notamment été relevées dans le quatrième rapport de suivi du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (GABAC), publié en mars 2026.
Selon ce rapport, le pays comptabilisait 22 recommandations conformes ou largement conformes sur les 40 recommandations du GAFI, soit un taux de 55 %, contre seulement 10 % en 2020. Cette progression traduit les efforts engagés pour améliorer l’efficacité du dispositif national de prévention et de répression des flux financiers illicites.
Le processus de sortie de la liste grise repose également sur la mise en œuvre des 23 actions inscrites dans le plan d’action ICRG, élaboré pour remédier aux défaillances stratégiques identifiées par le GAFI. En avril 2025, le Fonds monétaire international (FMI) évaluait déjà à 75 % le taux d’exécution de ce programme, témoignant de l’accélération des réformes engagées par les autorités congolaises.
Dans le secteur financier, la Banque centrale du Congo (BCC) a notamment renforcé les mécanismes de supervision des banques commerciales et des établissements de monnaie électronique. Le 17 décembre 2025, elle avait exigé, à travers l’instruction n° 15, modification n° 3, la transmission régulière de rapports relatifs à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Le dispositif réglementaire a également été renforcé avec l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2025, d’une législation révisée en matière de lutte contre le blanchiment. Les nouvelles dispositions portent notamment sur l’identification des clients, la surveillance des transactions suspectes et le respect des obligations de conformité par les établissements financiers.
Réagissant à cette décision, le ministre des Finances a salué l’engagement du président Félix Tshisekedi ainsi que la coordination des différentes institutions mobilisées dans le processus, notamment la Banque centrale du Congo, l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA) et la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, cette sortie représente un signal favorable pour l’environnement financier congolais. Elle pourrait contribuer à améliorer la perception du risque pays auprès des partenaires financiers internationaux, à faciliter les relations de correspondance bancaire et à renforcer la confiance des investisseurs. Toutefois, ses retombées dépendront également de la consolidation des acquis et de la poursuite des efforts de supervision et de conformité.
Après quatre années de surveillance renforcée, la RDC entend désormais inscrire les progrès réalisés dans la durée et consolider la crédibilité de son système financier auprès des acteurs internationaux.
RPM