Les autorités maliennes ont décidé de se doter d’un stock national de sécurité de produits pétroliers, dans un contexte de crise d’approvisionnement persistante. Réuni le 1er avril 2026 au palais de Koulouba, le Conseil des ministres a validé cette mesure présentée comme une réponse structurelle aux tensions qui affectent le secteur énergétique depuis plusieurs mois.
Depuis septembre 2025, le pays est confronté à des perturbations majeures liées au blocage des convois de carburant par le groupe jihadiste JNIM, qui cible les principaux corridors d’approvisionnement depuis les ports d’Abidjan et de Dakar. À cette contrainte sécuritaire s’ajoute, depuis février 2026, une hausse des prix internationaux des hydrocarbures, dans un contexte de tensions géopolitiques sur les marchés mondiaux.
Le dispositif adopté vise à constituer des réserves couvrant 45 jours de consommation nationale pour les principaux produits, notamment le super, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Dans un pays totalement dépendant des importations pétrolières, avec plus de 2,6 millions de mètres cubes importés en 2024, ce mécanisme doit permettre de limiter les ruptures d’approvisionnement et de réduire le recours aux subventions d’urgence.
Cette approche s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays africains, cherchant à renforcer leur résilience face aux chocs extérieurs. Toutefois, dans le cas malien, son efficacité reste conditionnée à des facteurs structurels plus profonds. La crise actuelle ne relève pas uniquement de contraintes logistiques, mais d’un environnement sécuritaire instable, qui fragilise durablement les chaînes d’approvisionnement.
Les attaques répétées contre les convois ont déjà eu des répercussions sur l’économie, notamment à Bamako, où des coupures d’électricité ont été enregistrées. La société publique d’électricité dépend en effet largement du carburant pour sa production, ce qui accentue la vulnérabilité du système énergétique national.
Par ailleurs, la hausse récente des cours du pétrole, avec un baril de Brent repassé au-dessus de 100 dollars début avril, renchérit le coût des importations. Cette situation a déjà conduit à une augmentation des prix à la pompe, de l’ordre de 13 à 30 % selon les produits, accentuant la pression sur les ménages et les entreprises.
À court terme, la mise en place de ce stock pourrait atténuer les effets des ruptures d’approvisionnement. Mais son impact reste limité face à l’ampleur des défis. Si les conditions sécuritaires ne s’améliorent pas, ces réserves pourraient rapidement s’épuiser, transformant ce mécanisme en simple solution transitoire.
Au-delà de cette mesure, la question de la souveraineté énergétique du Mali demeure posée. En l’absence de production et de raffinage local, et dans un contexte où les routes d’approvisionnement restent exposées, la sécurisation durable du secteur énergétique apparaît comme un enjeu stratégique pour les autorités.