La microfinance confirme son rôle clé dans l’inclusion financière dans l’Union monétaire ouest africaine. D’après le rapport publié le 6 février 2026 par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, le secteur dépasse désormais 20 millions de clients et près de 2.800 milliards FCFA de crédits à fin septembre 2025. Une dynamique qui confirme son rôle dans l’inclusion financière régionale, mais qui s’accompagne d’un défi majeur : la dégradation persistante de la qualité du portefeuille de crédits.
Un secteur qui franchit les 20 millions de clients
Selon la dernière note de conjoncture de la BCEAO, le réseau de la microfinance dans l’UMOA compte 527 institutions de microfinance (IMF) desservant 20,08 millions de clients à travers 4.858 points de services répartis dans les huit pays de l’Union. Cette clientèle a progressé de 5,3 % sur un an, confirmant l’ancrage croissant de la finance décentralisée dans les économies locales. La croissance s’appuie notamment sur l’expansion des services financiers de proximité et la demande soutenue de financement des ménages, des micro-entrepreneurs et des groupements.
Une collecte d’épargne en forte progression
La dynamique du secteur se reflète dans la collecte de dépôts. À fin septembre 2025, les dépôts atteignent 2.731,6 milliards FCFA, en hausse de 2,5 % sur le trimestre et de 11,1 % sur un an.
Les progressions les plus marquées ont été enregistrées au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Burkina Faso. Le montant moyen des dépôts par client s’établit désormais à 135.994 FCFA, traduisant une progression plus rapide de l’épargne que du nombre de clients.
Cependant, malgré cette croissance, l’épargne collectée par les IMF ne représente encore que 5,3 % de celle des banques de l’Union, ce qui souligne la marge de progression du secteur dans l’intermédiation financière régionale.
Le crédit poursuit son expansion
Le financement de l’économie locale reste la principale mission des IMF. À fin septembre 2025, l’encours de crédits atteint 2.780 milliards FCFA, en hausse de 3,7 % sur le trimestre et de 4,6 % sur un an. Les crédits sont principalement concentrés en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Burkina Faso. La structure des prêts montre la prédominance des financements de court terme (46,3 %), suivis du moyen terme (34 %) et du long terme (19,7 %). Le montant moyen des crédits par client atteint 138.405 FCFA, traduisant une légère augmentation par rapport au trimestre précédent. Dans l’ensemble du système financier, la microfinance représente désormais 7,4 % du crédit.
Le talon d’Achille : la qualité du portefeuille
Malgré cette croissance, le secteur reste confronté à un défi majeur : la gestion du risque de crédit. Les créances en souffrance atteignent 284,6 milliards FCFA, avec un taux de dégradation du portefeuille de 10,2 %, largement supérieur à la norme réglementaire de 3 %. Même si ce taux recule légèrement par rapport au trimestre précédent (10,4 %), il reste nettement plus élevé qu’un an auparavant (8,9 %).
Cette situation reflète plusieurs vulnérabilités structurelles telles que la fragilité des micro-entreprises financées, les chocs économiques locaux et la gouvernance parfois insuffisante dans certaines institutions.
Des institutions sous surveillance
La solidité du secteur reste également surveillée par le régulateur. Au total, 10 institutions de microfinance sont actuellement sous administration provisoire. Ces situations concernent notamment 4 institutions au Bénin, 2 au Niger, 1 au Burkina Faso, 1 en Côte d’Ivoire, 1 au Mali et 1 au Togo.
Un pilier de l’inclusion financière… encore en mutation
Au final, la microfinance confirme sa contribution essentielle à l’inclusion financière dans l’UMOA, en particulier pour les populations non bancarisées et les micro-entrepreneurs. Mais la consolidation du secteur passera par plusieurs leviers à savoir une meilleure gestion du risque de crédit, le renforcement de la gouvernance des IMF, la digitalisation des services financiers et un encadrement réglementaire plus strict.
Car si la croissance est bien là, la stabilité du secteur reste un enjeu majeur pour la finance ouest-africaine.
Source : BCEAO