Pendant longtemps, les Conseils économiques et sociaux africains ont été perçus comme des institutions discrètes, produisant des rapports utiles mais rarement visibles dans le débat public. Conrad Gbaguidi veut changer cette perception. Depuis février 2025, l’entrepreneur et expert en transformation organisationnelle préside le Conseil économique et social (CES) du Bénin avec une ambition claire : faire de cette institution consultative un véritable carrefour du dialogue économique et social du pays.
À Cotonou, sa vision est assumée : un CES audacieux, visible et utile, capable de connecter l’État, les entreprises, la société civile et les citoyens autour des grandes questions nationales.
Un an après sa prise de fonction, les premiers signes de transformation apparaissent.
Relier les indicateurs économiques à la vie des citoyens
Le 25 février 2026, le Conseil économique et social organise la première édition de son Forum national, un événement inédit qui place au cœur du débat un sujet central pour les ménages béninois : le pouvoir d’achat.
L’objectif est simple, mais stratégique : relier les performances macroéconomiques du pays aux réalités quotidiennes des citoyens. Experts, responsables publics, entrepreneurs et représentants de la société civile se retrouvent autour de la même table pour analyser les défis économiques et proposer des pistes d’action.
Cette initiative illustre la méthode Gbaguidi : créer des espaces de dialogue ouverts, capables d’alimenter les politiques publiques avec des analyses concrètes et opérationnelles.
Des mathématiques à la stratégie publique
Avant de diriger une institution nationale, Conrad Gbaguidi s’est construit un parcours académique à la croisée de la technologie, des sciences sociales et du management public.
Il obtient une maîtrise en mathématiques et informatique à l’Université de Rouen Normandie, avant de poursuivre avec un DESS en sociologie des organisations et gestion des ressources humaines. Il complète ensuite sa formation en finance et contrôle de gestion à CEGOS, puis par un Executive Master en Politiques et Management du Développement à Sciences Po Executive Education.
Mathématiques, sociologie des organisations, stratégie publique : ce triptyque façonne aujourd’hui sa manière d’analyser les enjeux économiques et sociaux.
L’école des grandes organisations
Sa carrière débute en 1997 au sein des CEMEA, où il occupe le poste de Directeur des ressources humaines et de l’organisation administrative et financière. Il y développe une expertise en gouvernance organisationnelle, gestion des équipes et pilotage budgétaire.
En 2001, il rejoint Bull Information Systems comme chef de projet et participe au déploiement de systèmes d’information décisionnels pour plusieurs grands groupes internationaux : Alstom, L’Oréal, Air Liquide, Crédit Agricole ou encore la Banque de France. Son domaine de prédilection : la Business Intelligence, autrement dit le pilotage stratégique par les données. Là où d’autres parlent stratégie, lui construit les outils qui permettent de la mesurer.
L’entrepreneur et le bâtisseur d’écosystèmes
En 2004, Conrad Gbaguidi fonde MGT Conseils, un cabinet spécialisé dans la planification stratégique, l’alignement organisationnel et le pilotage de la performance par les indicateurs (KPI).
Pendant plus de vingt ans, il accompagne entreprises, institutions et dirigeants en Afrique et en Europe, notamment dans : l’élaboration de plans stratégiques, la mise en place d’indicateurs de performance, la transformation organisationnelle et le coaching de dirigeants.
Mais son engagement ne s’arrête pas au conseil stratégique.
En 2012, il lance au Bénin Boss Académie, la première émission de télé-réalité dédiée à la détection de talents entrepreneuriaux. Une initiative qui contribue à promouvoir l’esprit d’entreprise auprès de la jeunesse africaine. Depuis 2018, il intervient également comme administrateur de sociétés en Europe et en Afrique, renforçant son expertise en gouvernance.
Une influence qui dépasse les frontières du Bénin
Le parcours de Conrad Gbaguidi prend également une dimension internationale.
En mai 2025, il est élu vice-président de l’Union des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires de la Francophonie (UCESIF) lors de l’assemblée générale tenue à Abidjan. Une fonction qui lui permet de participer aux réflexions internationales sur le rôle des institutions consultatives dans la gouvernance publique.
Le soutien du président Patrice Talon
Le 4 mars 2026, Conrad Gbaguidi se rend au Palais de la Marina pour présenter au président de la République Patrice Talon le rapport d’activités du Conseil économique et social. Le chef de l’État salue la qualité du travail accompli et les premiers résultats issus de la réforme du CES, tout en invitant les conseillers à approfondir leurs analyses sur les grands enjeux économiques et sociaux du pays.
Un signal politique important pour une institution appelée à jouer un rôle croissant dans le débat public béninois.
Vers une nouvelle génération d’institutions consultatives
Pour Conrad Gbaguidi, un Conseil économique et social ne doit pas se limiter à produire des avis. Il doit aligner les intérêts entre l’État, les entreprises et la société civile, afin de contribuer à des politiques publiques plus efficaces et plus inclusives.
Dans un pays où la croissance économique doit se traduire par des progrès tangibles pour les populations, cette approche pourrait redéfinir la place du CES dans l’architecture institutionnelle béninoise. Un an après sa nomination, une chose est déjà certaine : Conrad Gbaguidi ne se contente pas d’observer les transformations économiques.
Il entend participer activement à les structurer.