UEMOA : la révolution du mobile money dépasse l’économie réelle selon la BCEAO

par la rédaction
0 commentaires

Portée par l’essor fulgurant du mobile money, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) franchit un cap historique. Selon le Rapport annuel sur l’évolution des services financiers numériques dans l’UEMOA au titre de l’année 2024, publié le 13 mars 2026 par la BCEAO, les transactions numériques ont atteint plus de 160 000 milliards de FCFA, soit près de 119 % du PIB régional.

Une bascule majeure qui consacre les services financiers numériques comme la nouvelle colonne vertébrale du système financier ouest-africain.

Une économie numérique qui dépasse désormais l’économie réelle

L’UEMOA vit une transformation aussi silencieuse que profonde. En 2024, les services financiers numériques ont totalisé près de 11 milliards de transactions pour une valeur de 160 415 milliards de FCFA, en progression de 27 % en volume et de plus de 20 % en valeur sur un an. Plus marquant encore, la valeur de ces transactions dépasse désormais celle du PIB régional, contre 105 % en 2023. Cette évolution traduit une mutation structurelle : l’économie des paiements numériques ne se contente plus d’accompagner l’activité économique, elle en devient un moteur central, redéfinissant les circuits financiers traditionnels.

Une inclusion financière massive, mais encore incomplète

Parallèlement, la base d’utilisateurs connaît une expansion rapide. En 2024, l’UEMOA comptait 248 millions de comptes de monnaie électronique, soit près de 39 millions de nouveaux comptes en un an, et une multiplication par dix depuis 2015. Toutefois, cette croissance masque une limite structurelle : seuls 76,8 millions de comptes sont réellement actifs, soit un taux d’activité de 30,9 %. Autrement dit, l’accès progresse plus vite que l’usage effectif, ce qui pose un défi majeur en matière de rentabilité pour les acteurs du secteur et d’appropriation des services par les populations.

Une domination persistante des télécoms, mais un marché en recomposition

Dans cet écosystème en pleine expansion, les opérateurs télécoms continuent de dominer largement le marché, aux côtés de leurs partenaires fintech. En 2024, l’UEMOA recensait 69 initiatives d’émission de monnaie électronique, portées majoritairement par les banques, les établissements de monnaie électronique et quelques acteurs publics. Toutefois, la dynamique concurrentielle évolue rapidement. Si des acteurs historiques comme Orange et MTN conservent des positions fortes, l’ascension de Wave bouleverse l’équilibre du marché. Avec 28,4 % des transactions, contre 38,4 % pour Orange et 17,4 % pour MTN, le modèle low-cost de Wave s’impose progressivement comme un facteur de disruption majeur.

Le retour stratégique des banques dans l’écosystème

Longtemps reléguées au second plan dans l’univers du mobile money, les banques amorcent un retour progressif. En 2024, si les établissements de monnaie électronique concentrent encore 82 % des transactions, la part des banques progresse sensiblement, passant de 13 % à 18 % en un an. Cette évolution s’explique notamment par le développement de partenariats avec les fintech, l’essor des transactions entre comptes bancaires et portefeuilles électroniques, ainsi que l’intégration croissante des services numériques dans les offres bancaires. La quasi-duplication des opérations de type wallet-to-bank entre 2023 et 2024 illustre cette convergence accélérée entre les deux univers.

Une digitalisation encore freinée par la domination du cash

Malgré cette dynamique, l’économie reste encore largement dominée par l’usage du cash. En 2024, près de 88 % des fonds déposés sur les portefeuilles électroniques ont été retirés en espèces. Ce constat révèle une limite structurelle : la monnaie électronique est encore majoritairement utilisée comme un canal de transfert plutôt que comme un véritable moyen de paiement. Le ratio de digitalisation nette, qui mesure la rétention des fonds dans les comptes, demeure faible à 7,52 %. Pour les autorités monétaires, l’enjeu est désormais clair : transformer les usages pour faire du mobile money un outil de paiement quotidien.

L’essor des paiements marchands, moteur de la prochaine phase

Dans ce contexte, une mutation importante est toutefois en cours. Les paiements marchands connaissent une progression rapide, portée notamment par le déploiement des QR codes. Entre 2023 et 2024, le volume des paiements électroniques est passé de 4,2 à 5,3 milliards d’opérations. Parallèlement, le nombre de points d’acceptation a explosé, atteignant 3,7 millions de marchands, contre 1,7 million un an plus tôt.

La Côte d’Ivoire apparaît comme le principal moteur de cette dynamique, illustrant le potentiel de transformation des économies locales par la digitalisation des paiements.

Vous aimerez aussi

Laisser un Commentaire