Le groupe bancaire ouest-africain Coris Bank International (CBI) franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’expansion régionale. L’établissement fondé par l’homme d’affaires burkinabè Idrissa Nassa a engagé des démarches pour obtenir les agréments nécessaires à l’ouverture de filiales au Cameroun et au Gabon, deux marchés clés de la zone CEMAC.
Selon des informations concordantes, les demandes introduites auprès des autorités monétaires nationales ont été transmises à la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) pour avis conforme. Conformément à la réglementation en vigueur, le régulateur dispose d’un délai maximal de six mois pour instruire les dossiers et notifier sa décision aux ministères des Finances concernés, seuls habilités à délivrer l’agrément définitif.
Une offensive structurée en Afrique centrale
Cette initiative confirme l’intérêt stratégique de Coris Bank pour l’Afrique centrale. Déjà présente au Tchad, à la suite de la reprise des activités locales de Société Générale, la banque poursuit une logique d’implantation progressive dans la sous-région.
Le groupe avait auparavant tenté de pénétrer le marché camerounais via l’acquisition de 58,08 % du capital de Société Générale Cameroun. L’opération n’avait toutefois pas abouti, l’État camerounais ayant exercé son droit de préemption afin de conserver la maîtrise du processus de cession. En optant aujourd’hui pour la création de filiales ex nihilo, Coris privilégie une approche plus maîtrisée de son développement, avec un ancrage local renforcé.
Un investissement minimum de 50 milliards FCFA
Ce choix stratégique implique un engagement financier conséquent. Depuis le 1er janvier 2026, le capital social minimum exigé pour les établissements bancaires dans la CEMAC est fixé à 25 milliards de FCFA.
Ainsi, l’ouverture simultanée de deux filiales au Cameroun et au Gabon suppose pour Coris Bank la mobilisation d’au moins 50 milliards de FCFA, un ticket d’entrée significatif mais cohérent avec les ambitions du groupe dans la sous-région.
À noter que le cadre réglementaire permet également d’opérer via un agrément unique, autorisant une présence dans plusieurs pays à partir d’une seule entité. Une option que CBI n’a pas retenue, préférant une structuration par filiales pour mieux capter les spécificités locales.
Une concurrence appelée à s’intensifier
L’arrivée potentielle de Coris Bank pourrait rebattre les cartes dans les systèmes bancaires camerounais et gabonais.
Au Cameroun, premier marché bancaire de la CEMAC, le secteur comptait en 2024 19 établissements de crédit, avec un total de bilan estimé à 11 460 milliards de FCFA, pour 8 484 milliards de dépôts et 5 847 milliards de crédits. L’entrée d’un nouvel acteur d’envergure régionale pourrait intensifier la concurrence et accélérer la recomposition du marché.
Au Gabon, où le paysage bancaire est dominé par huit établissements, dont BGFI Bank et la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), l’arrivée de Coris pourrait dynamiser l’offre, notamment sur le segment du financement des PME-PMI, au cœur de la stratégie du groupe.
Un poids lourd de l’UEMOA en expansion
Selon les données de la BCEAO, Coris Bank International figure parmi les principaux groupes bancaires de l’UEMOA, avec une part de marché estimée à 8,6 %, derrière Ecobank et Société Générale.
Avec cette nouvelle offensive en Afrique centrale, CBI confirme son ambition de devenir un acteur bancaire panafricain de premier plan, en capitalisant sur une stratégie d’expansion progressive, ciblée et fortement capitalisée.