Secrétaire général de l’ONU : pourquoi Macky Sall peut encore créer la surprise

par la rédaction
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La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies continue de susciter des réactions, tant sur le plan diplomatique que politique. Après que le Sénégal et dix-neuf autres pays africains se sont désolidarisés de cette candidature, beaucoup s’intérrogent : est-elle encore crédible ? À y regarder de plus près, elle demeure non seulement valide, mais pourrait, contre toute attente, créer la surprise.

Une candidature fragilisée… mais bien réelle

Sur 54 États, 34 ont affiché leur soutien, tandis que 20 autres, y compris le Sénégal, ont pris leurs distances, une situation inédite pour une ambition de cette envergure. Cette configuration contraste avec la forte mobilisation africaine observée lors de la candidature de Kofi Annan en 1996 puis en 2001. Cette absence d’unité affaiblit le poids politique de Macky Sall et complique sa capacité à fédérer un front continental cohérent, malgré son statut d’ancien président de l’Union africaine.

Sur le plan institutionnel toutefois, cette division n’est pas disqualifiante. Aucune règle des Nations unies n’impose un consensus continental. Portée notamment par le Burundi, sa candidature reste donc pleinement recevable. La fracture africaine constitue davantage un handicap diplomatique qu’un obstacle juridique.

Une réalité souvent méconnue : le pouvoir du Conseil de sécurité

Pour mesurer ses chances réelles, il faut se tourner vers le véritable centre de gravité du processus : le Conseil de sécurité des Nations unies. Contrairement à une perception largement répandue, le Secrétaire général n’est pas élu par l’ensemble des États membres. Conformément à l’article 97 de la Charte des Nations Unies, le Conseil examine les candidatures, organise des votes informels et ne retient qu’un seul nom, ensuite entériné par l’Assemblée générale. Cette procédure de sélection et de nomination est également régie par la résolution 79/327 de l’Assemblée générale des Nations unies.

Ce mécanisme confère un pouvoir décisif aux cinq membres permanents – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – qui disposent chacun d’un droit de veto. Dans ces conditions, aucune candidature ne peut aboutir sans leur aval, ce qui fait du jeu des grandes puissances le facteur déterminant.

L’Afrique compte… mais ne décide pas

Dans ce contexte, l’absence de consensus africain autour de Macky Sall apparaît moins décisive qu’elle n’y paraît. Un soutien continental fort constitue certes un atout diplomatique, mais il ne garantit en rien l’issue du processus. L’histoire des Nations unies montre que les équilibres géopolitiques priment sur les solidarités continentales.

Ainsi, une candidature africaine peut échouer malgré un large appui, tandis qu’une candidature contestée peut émerger si elle rassure les membres permanents. Cette réalité relativise l’impact des divisions actuelles sur les chances de l’ancien président sénégalais.

Les atouts stratégiques de Macky Sall

Malgré ce contexte, Macky Sall conserve des leviers importants. Sa stature internationale, forgée à la tête du Sénégal, consolidée lors de sa présidence de l’Union africaine et renforcée par son rôle d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), lui confère une crédibilité certaine sur les grands dossiers mondiaux, qu’il s’agisse du climat, de la dette ou de la sécurité.

Son profil peut également correspondre à la recherche d’un candidat de compromis. Dans un monde marqué par des tensions accrues, les grandes puissances privilégient des figures capables de dialoguer avec différents camps. Macky Sall apparaît ainsi comme une personnalité modérée, susceptible de fédérer sans cliver.

Les obstacles à ne pas sous-estimer

La route reste néanmoins semée d’embûches. La prise de distance du Sénégal constitue un signal politique négatif, tandis que la division africaine affaiblit la capacité de lobbying collectif. À cela s’ajoute la logique informelle de rotation géographique, souvent évoquée mais rarement respectée, selon laquelle le poste devrait revenir à l’Amérique latine. À ce stade, un élément favorable à Macky Sall réside dans le retrait du soutien du Chili à la candidature de Michelle Bachelet, ex-cheffe de l’État chilienne (2006-2010 et 2014-2018). Par ailleurs, la dispersion des candidatures latino-américaines fragilise les chances de la région de s’imposer.

Ces éléments pourraient accroître les marges de manœuvre de Macky Sall en facilitant des soutiens étatiques, tout en continuant de peser sur les équilibres diplomatiques et d’influencer les arbitrages des grandes puissances.

Une candidature suspendue aux jeux de puissance

Au final, cette candidature illustre une réalité centrale du fonctionnement des Nations unies : les équilibres de puissance priment sur les logiques de représentation. Ce ne sont ni les continents ni les majorités régionales qui décident, mais bien les rapports de force, les alliances stratégiques et, surtout, l’absence de veto des membres permanents du Conseil de sécurité.

Dans ce contexte, écarter dès à présent Macky Sall serait une erreur d’analyse. Sa candidature est fragilisée, mais elle demeure ouverte. Dans un processus largement dominé par les négociations en coulisses, les équilibres peuvent évoluer rapidement. Si les grandes puissances identifient en lui un profil d’équilibre, capable d’incarner une neutralité active, l’ancien président sénégalais pourrait encore déjouer les pronostics.

Par Fernand Dagoudo

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