Le Parlement camerounais réuni en congrès à Yaoundé ce samedi 04 avril a approuvé la réforme constitutionnelle instituant le poste de vice-président de la République. Adopté par 205 voix pour et 16 contre, le texte prévoit que ce vice-président sera nommé par le chef de l’État, Paul Biya, et appelé à assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance.
Cette évolution institutionnelle intervient dans un contexte politique marqué par la longévité du président Biya, au pouvoir depuis 1982, et récemment réélu pour un huitième mandat. Le scrutin d’octobre, remporté avec 53,66 % des voix, avait été suivi de manifestations dans plusieurs grandes villes, réprimées par les autorités, qui ont reconnu des pertes humaines sans en préciser le bilan exact.
La création de ce nouveau poste s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des institutions camerounaises. Quelques semaines auparavant, les présidences des deux chambres du Parlement avaient été renouvelées, avec l’arrivée de nouvelles figures à la tête du Sénat et de l’Assemblée nationale.
Sur le plan juridique, le texte adopté reste peu détaillé quant aux attributions précises du vice-président, se limitant à encadrer son rôle en cas de vacance du pouvoir. Cette absence de clarification alimente les interrogations sur l’équilibre institutionnel et les implications concrètes de la réforme.
L’opposition a vivement réagi à cette initiative. Maurice Kamto a dénoncé un « coup d’État institutionnel et constitutionnel », tandis que Issa Tchiroma Bakary, en exil, a évoqué une « dérive monarchique du pouvoir ». Ces critiques traduisent les tensions persistantes autour de la gouvernance et du fonctionnement des institutions dans le pays.
Pour les autorités, cette réforme vise à renforcer la stabilité institutionnelle et à encadrer plus clairement les mécanismes de succession. Pour ses détracteurs, elle soulève au contraire des inquiétudes sur la concentration du pouvoir exécutif.
Dans un environnement politique marqué par des équilibres fragiles, l’instauration de la vice-présidence pourrait ainsi redéfinir les rapports de force au sommet de l’État, tout en ouvrant une nouvelle phase dans l’évolution des institutions camerounaises.