Le microcrédit mobile poursuit son ancrage dans les usages financiers en Afrique centrale. D’après le rapport 2024 de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) consacré aux services de paiement, 897 021 microcrédits ont été accordés dans la zone CEMAC au cours de l’année, pour un volume global de 14,45 milliards de FCFA. Le montant moyen par opération s’établit à 16 114 FCFA, traduisant un positionnement centré sur des besoins de liquidité de court terme.
Accessible directement depuis un téléphone mobile, ce type de crédit vise en priorité des populations peu ou pas bancarisées. Sa progression repose sur plusieurs facteurs identifiés par la banque centrale : l’extension rapide des services de mobile money, l’automatisation des outils d’évaluation du risque et le développement de partenariats entre établissements financiers et acteurs technologiques.
Le modèle repose sur une chaîne d’intervenants complémentaires. Les établissements de crédit assurent le financement et supportent une partie du risque. Les établissements de paiement, via leurs plateformes mobiles, facilitent l’accès aux clients. Les fintechs, de leur côté, apportent les solutions technologiques, notamment les interfaces digitales et les dispositifs de scoring fondés sur les données transactionnelles.
Cette organisation permet une distribution rapide du crédit, sans les exigences classiques du circuit bancaire. Elle ouvre également aux banques un accès à une clientèle jusque-là difficile à capter. Mais cette évolution soulève des interrogations. La qualité des modèles de scoring, la lisibilité des conditions de crédit, la gestion des données personnelles et le risque de surendettement figurent parmi les points d’attention pour les autorités de supervision.
La dynamique du microcrédit mobile s’inscrit dans une expansion plus large des paiements numériques dans la sous-région. En 2024, la CEMAC comptait plus de 51 millions de comptes de paiement mobile, en progression de 28 %. Le volume des transactions a atteint 3,74 milliards pour une valeur de 31 788 milliards de FCFA. Le réseau de distribution a également continué de s’étendre, avec plus de 634 000 points de service.
Ces performances doivent toutefois être nuancées. La possibilité pour un même utilisateur de détenir plusieurs comptes, combinée à la dissociation entre numéro de téléphone et opérateur, rend difficile l’évaluation précise du niveau d’inclusion financière. Par ailleurs, malgré la hausse du nombre de comptes, le taux d’activité a reculé de 17,3 % en 2024, signalant une utilisation inégale des services.
Le segment attire néanmoins de nouveaux acteurs. Le partenariat conclu le 28 juillet 2025 entre Orange Money Group et la fintech JUMO pour déployer des offres de microcrédit sur le continent illustre cet intérêt. Le Cameroun figure parmi les marchés ciblés, avec une base de plus de 11 millions d’utilisateurs Orange Money susceptibles d’accéder à ces produits.
Pour les ménages, les commerçants et les très petites entreprises, ces crédits constituent souvent une première porte d’entrée vers le financement formel. Leur utilité dépendra toutefois de plusieurs paramètres : le coût réel du crédit, la transparence des offres, la robustesse des mécanismes d’évaluation du risque et la capacité des régulateurs à encadrer un marché en expansion.
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