Lutte anti-blanchiment au Sénégal : 37 dossiers transmis à la justice par la CENTIF en 2025

par la rédaction
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Dans son rapport d’activités 2025 présenté le 12 mai à Dakar, la CENTIF a annoncé avoir transmis au Pool judiciaire financier (PJF) 37 rapports d’enquête portant sur 95 déclarations d’opérations suspectes (DOS), illustrant le renforcement du dispositif sénégalais de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Selon l’institution, ces transmissions résultent d’un « ciblage rigoureux » des dossiers présentant des indices jugés graves et concordants de blanchiment de capitaux. Les enquêtes judiciaires engagées sont issues de l’exploitation de 866 déclarations d’opérations suspectes reçues au cours de l’année auprès des entités soumises aux obligations de vigilance et de signalement.

Le secteur bancaire reste largement dominant dans le dispositif déclaratif sénégalais. Les banques et établissements financiers ont transmis 648 déclarations, soit 74,83 % du total. Pour la CENTIF, cette prédominance reflète à la fois leur forte exposition aux flux financiers et la maturité de leurs mécanismes de conformité.

Malgré une légère baisse du nombre de déclarations par rapport à 2024, où 928 DOS avaient été enregistrées, les responsables de l’institution estiment que le niveau d’activité demeure soutenu. En 2023, le nombre de déclarations s’établissait à 807.

La présentation du rapport a été conduite par le président de la CENTIF, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, et la secrétaire générale, Khadidjatou Fayez Diop, aux côtés de plusieurs responsables techniques de l’institution, notamment les directeurs des enquêtes, des affaires juridiques, des études administratives et financières ainsi que de la stratégie et de la coopération.

Outre les banques, plusieurs autres acteurs ont contribué aux signalements. Les établissements de monnaie électronique ont transmis 75 déclarations, les opérateurs de transfert d’argent 74, les systèmes financiers décentralisés 58, tandis que les sociétés d’assurance, les notaires, les établissements de jeux, les agents immobiliers et les sociétés de bourse ont également participé au dispositif.

Le rapport souligne la progression des risques liés aux services financiers numériques. Les établissements de monnaie électronique et les opérateurs de transfert représentent ensemble plus de 17 % des déclarations reçues en 2025. Une évolution qui traduit, selon la CENTIF, la montée en puissance des paiements digitaux et leur exposition croissante aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

La fraude demeure l’infraction sous-jacente la plus fréquemment identifiée dans les schémas de blanchiment détectés. Elle représente près de 60 % des déclarations enregistrées, avec 679 signalements. Pour la CENTIF, cette tendance confirme la capacité accrue des entités déclarantes à détecter des opérations frauduleuses complexes.

Les autres infractions identifiées concernent notamment le faux et usage de faux, la corruption, les infractions fiscales, les violations de la réglementation des changes, les détournements de fonds publics, les participations à des groupes criminels organisés ainsi que le financement du terrorisme.

Le rapport note par ailleurs une baisse des déclarations liées à la corruption, passées de 138 en 2024 à 77 en 2025. Cette évolution serait liée à une meilleure qualification des infractions et à un recentrage des signalements vers des infractions connexes telles que les détournements de fonds publics ou les activités de racket.

La CENTIF précise également que 37 autres rapports d’enquête issus de 45 déclarations ont été provisoirement classés faute d’éléments suffisants pour caractériser les faits. L’institution indique toutefois que ces dossiers pourraient être réouverts en cas de nouveaux éléments.

Par ailleurs, douze rapports supplémentaires font encore l’objet d’analyses approfondies et pourraient être transmis ultérieurement au Pool judiciaire financier. À travers ces résultats, la CENTIF confirme le renforcement progressif du dispositif sénégalais de lutte contre les flux financiers illicites dans un environnement marqué par des exigences accrues en matière de conformité et de transparence financière.

RPM

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