Annoncé pour 2027, le lancement de l’Éco revient une nouvelle fois au centre de l’agenda de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Présentée comme un accélérateur de l’intégration régionale, la monnaie unique reste toutefois confrontée à des fragilités structurelles qui interrogent sa faisabilité à court terme.
Le projet n’en est pas à son premier report. Initialement envisagé en 2009, puis repoussé à plusieurs reprises en 2015, 2020 et désormais 2027, l’Éco peine à réunir les conditions économiques nécessaires à une union monétaire durable. Cette succession de reports illustre les difficultés persistantes des États membres à atteindre un niveau de convergence suffisant.
L’un des principaux défis réside dans la faiblesse du commerce intra-régional. Les échanges entre pays de la CEDEAO représentent environ 15 % du commerce total de la région, tandis que l’essentiel des transactions est réalisé avec des partenaires extérieurs, notamment l’Europe, la Chine, l’Inde et les États-Unis. Dans ces conditions, les limites de l’intégration économique apparaissent davantage liées à la faible industrialisation, à l’insuffisance des chaînes de valeur régionales et à la dépendance aux exportations de matières premières qu’à l’absence d’une monnaie commune.
À ces contraintes s’ajoute la difficulté pour une majorité d’États de respecter durablement les critères de convergence fixés par la CEDEAO. Maîtrise de l’inflation, déficit public inférieur à 3 % du PIB, soutenabilité de la dette et niveau adéquat des réserves de change demeurent des objectifs encore largement hors de portée pour plusieurs économies de la région.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, la réussite d’une union monétaire suppose également des mécanismes de solidarité capables d’absorber les chocs économiques entre États membres. Or, l’absence d’un budget communautaire significatif, de dispositifs de transferts financiers et d’une gouvernance économique intégrée limite encore les perspectives de mise en œuvre de l’Éco.
Dans ce contexte, la relance du projet pour 2027 apparaît autant comme un objectif politique que comme un défi économique. La crédibilité de la monnaie unique dépendra désormais moins de l’annonce d’une nouvelle échéance que de la capacité des États de la CEDEAO à renforcer durablement leur convergence économique et leur intégration régionale.
RPM