L’Afrique franchira une nouvelle étape dans le renforcement de son architecture financière avec le lancement officiel, le 6 octobre 2026 à Maurice, de l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA). Cette initiative vise à offrir une alternative aux grandes agences internationales de notation et à consolider le développement des marchés de capitaux du continent.
Conçue comme une institution indépendante, pilotée par le secteur privé et opérant sur une base commerciale, l’AfCRA aura pour mission d’évaluer la qualité de crédit des États et des entreprises africaines. L’ambition est de produire des notations fondées sur une meilleure connaissance des réalités économiques, financières et institutionnelles propres au continent.
Selon Misheck Mutize, expert principal au Mécanisme africain d’examen par les pairs (APRM), les préparatifs du projet ont progressé plus rapidement que prévu. Les dernières avancées ont d’ailleurs été présentées aux ministres africains lors d’une réunion du Comité technique spécialisé. Pour lui, cette dynamique traduit une confiance croissante des investisseurs privés dans les perspectives des marchés africains.
Le projet intervient dans un contexte où plusieurs États africains contestent régulièrement les évaluations des agences internationales telles que Moody’s et S&P Global Ratings. Ces dernières sont accusées de surestimer le risque des économies africaines, ce qui renchérirait le coût des emprunts souverains et limiterait l’accès aux marchés internationaux des capitaux. Les agences concernées réfutent toutefois ces critiques, affirmant que leurs méthodologies reposent sur des critères objectifs appliqués à l’échelle mondiale.
Les promoteurs de l’AfCRA insistent sur le fait que l’objectif n’est pas d’attribuer des notations plus favorables, mais de proposer des évaluations plus précises, transparentes et adaptées aux spécificités économiques africaines. Afin de préserver sa crédibilité, l’agence fonctionnera sans participation des gouvernements.
Au-delà de sa portée institutionnelle, l’AfCRA pourrait devenir un levier stratégique pour le financement du continent. Si elle s’impose comme une référence auprès des investisseurs, elle contribuera à diversifier les analyses de risque, à renforcer la souveraineté financière de l’Afrique et à soutenir le développement de marchés de capitaux plus profonds et plus compétitifs.
RPM