Assurance : FANAF 2026 : Focus sur la micro-assurance, l’assurance agricole indicielle et les PPP

par la rédaction
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Du 09 au 11, la grande messe de l’assurance africaine réunira les décideurs du continent à l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF). Placée sous le thème « Bâtir le futur de l’assurance pour l’Afrique », cette édition anniversaire se veut à la fois rétrospective cinquante ans de structuration du marché et prospective, dans un contexte marqué par des mutations économiques, technologiques et climatiques sans précédent.

Un secteur en croissance… mais encore sous-exploité

L’assurance africaine progresse régulièrement, portée par la démographie, l’urbanisation et l’essor d’une classe moyenne émergente. Pourtant, le diagnostic demeure contrasté.

D’abord, la pénétration reste faible dans la majorité des pays, avec une couverture encore limitée des ménages et des PME. À l’échelle du continent, le taux de pénétration de l’assurance s’établit autour de 2,4 % à 3 % du PIB en 2023, bien en deçà de la moyenne mondiale. Le marché demeure fortement concentré, dominé par l’Afrique du Sud avec un taux dépassant 11 %, suivie du Maroc autour de 4 à 5 %. Cette réalité illustre un secteur encore polarisé, tandis que la croissance est freinée par le faible pouvoir d’achat et une culture assurantielle limitée.

L’assurance demeure ainsi perçue comme un produit de niche, souvent cantonné aux obligations réglementaires (automobile, transport, certains risques industriels), alors que les besoins de protection sont immenses : santé, agriculture, catastrophes naturelles, micro-entrepreneuriat.

Ensuite, la structure des marchés reste dominée par quelques grands risques corporates, laissant de côté le segment de masse. Cette configuration freine la mutualisation et limite l’impact social du secteur. À cela s’ajoutent des défis persistants de gouvernance, de qualité de service et de confiance, nourris par des délais d’indemnisation parfois longs et une faible culture de l’assurance.

Par ailleurs, le continent fait face à une montée des risques systémiques : changement climatique, instabilité sécuritaire dans certaines régions, volatilité macroéconomique. Ces chocs mettent à l’épreuve les capacités de rétention locales et soulignent l’importance d’une réassurance solide, d’une meilleure modélisation des risques et d’un capital plus résilient.

Enfin, si la digitalisation progresse mobile money, distribution en ligne, télédéclaration des sinistres, son déploiement reste inégal. L’innovation peine encore à se diffuser à grande échelle, faute d’infrastructures homogènes, de cadres réglementaires harmonisés et de talents spécialisés en data et actuariat.

Ce que l’on attend du rendez-vous des 50 ans

Dans ce contexte, la conférence anniversaire de la FANAF cristallise de fortes attentes.

  • Redéfinir la trajectoire stratégique du secteur.

Le thème « Bâtir le futur » appelle à une vision claire : comment faire passer l’assurance africaine d’un modèle principalement corporatif à un modèle plus inclusif, capable de toucher les populations rurales, informelles et les PME ?

  • Accélérer l’inclusion assurantielle.

Les débats devraient mettre l’accent sur la micro-assurance, l’assurance agricole indicielle, la santé inclusive et les partenariats public-privé, afin d’élargir la base des assurés et renforcer la résilience sociale.

  • Renforcer la solidité financière et la gouvernance.

Les dirigeants sont attendus sur des engagements concrets en matière de capitalisation, de gestion des risques, de conformité et de transparence, pour accroître la crédibilité du secteur auprès des investisseurs et des assurés.

  • Faire de la technologie un véritable levier de transformation.

Au-delà des discours, l’enjeu est d’opérationnaliser l’innovation : digitalisation des parcours clients, exploitation des données, automatisation des sinistres, mais aussi cybersécurité et protection des données.

  • Mieux intégrer les enjeux climatiques.

L’assurance est appelée à devenir un acteur central de l’adaptation climatique, à travers la prévention, la tarification du risque et le financement de la reconstruction après sinistre.

Une étape charnière pour l’assurance africaine

À cinquante ans, la FANAF se trouve à un moment charnière de son histoire. Cette édition anniversaire n’est pas seulement une célébration ; elle constitue un test de maturité collective. Le secteur est sommé de démontrer sa capacité à se réinventer, à parler d’une seule voix et à proposer des solutions concrètes face aux défis du continent. Si les échanges débouchent sur des feuilles de route opérationnelles inclusion, innovation, gouvernance et résilience, alors cette « grande messe » pourrait marquer un tournant décisif : celui d’une assurance.

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