Le parquet près le Pôle pénal économique et financier (PPEF) a requis, ce mardi 24 mars 2026, une peine de sept ans de prison ferme assortie d’une amende de 240 millions de FCFA contre l’influenceur ivoirien Apoutchou national et plusieurs de ses co-prévenus, dans l’affaire liée à des faits présumés de blanchiment de capitaux, de paris illicites en ligne et d’utilisation de réseaux de communication électronique à des fins frauduleuses.
Cette nouvelle étape judiciaire intervient dans un dossier sensible qui met en lumière les interactions croissantes entre économie numérique, jeux d’argent en ligne et flux financiers informels. L’affaire, relayée par le journaliste Fernand Dedeh, a connu un nouveau développement à la suite de la publication d’éléments liés aux réquisitions du parquet, confirmant la fermeté de la position du ministère public.
L’audience, tenue au PPEF, s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu, marqué par une forte mobilisation du parquet. Le procureur de la République, entouré de plusieurs magistrats, a personnellement conduit les réquisitions, soulignant l’importance stratégique du dossier. Dans son argumentaire, le ministère public a insisté sur la gravité des faits et sur la nécessité de renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux, dans un contexte où la Côte d’Ivoire cherche à consolider sa crédibilité auprès de ses partenaires internationaux, notamment en vue de sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).
Le parquet a notamment dénoncé une banalisation des pratiques financières illicites, évoquant un relâchement des comportements face à la circulation d’importantes sommes d’argent en espèces ou via des circuits numériques peu contrôlés. Cette posture s’inscrit dans une volonté affichée de faire de ce dossier un cas exemplaire, susceptible d’envoyer un signal dissuasif aux acteurs impliqués dans des activités similaires.
Au-delà des peines requises contre les principaux prévenus, le ministère public a également visé un opérateur économique impliqué dans la procédure, contre lequel une peine de 36 mois de prison ferme et une amende de 240 millions de FCFA ont été demandées. Sa société pourrait, en outre, être condamnée à une amende de 480 millions de FCFA. Parallèlement, l’État de Côte d’Ivoire et la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (Lonaci), constitués parties civiles, ont réclamé respectivement deux milliards et un milliard de FCFA en réparation du préjudice subi.
Les débats ont également mis en lumière le rôle des opérateurs de téléphonie mobile dans les flux financiers associés à ces activités. Les entreprises Orange Côte d’Ivoire et MTN Côte d’Ivoire, entendues en qualité de témoins, ont été interrogées sur les mécanismes ayant permis le paiement de gains issus de plateformes de paris non agréées. MTN a reconnu une défaillance liée à un agrégateur ayant abusé de son système, tandis qu’Orange a été mise en difficulté sur ses dispositifs de contrôle, alimentant les interrogations sur la régulation du mobile money.
Face à ces réquisitions, la défense a entamé ses plaidoiries en contestant la solidité des accusations et en tentant de démontrer les incohérences du dossier. Le procès doit se poursuivre avec les dernières plaidoiries, les répliques du parquet et la fixation de la date du délibéré. L’issue de cette affaire est particulièrement attendue, tant elle pourrait constituer un tournant dans la lutte contre les infractions économiques et financières en Côte d’Ivoire, dans un contexte de digitalisation accélérée des transactions et de montée des risques associés.