La crise autour de la finale de la CAN 2025 prend une tournure juridique majeure. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a officiellement mis en demeure la Confédération africaine de football (CAF), contestant une décision qu’elle qualifie d’« arbitraire, infondée et disproportionnée ».
Dans un courrier adressé au secrétaire général de la CAF, l’instance sénégalaise dénonce une violation des règles fondamentales du droit du sport, notamment le principe de souveraineté de l’arbitre.
Au cœur du différend figure l’application de l’article 84 du règlement de la CAF, qui prévoit le forfait en cas d’abandon de match. Pour la FSF, cette qualification ne repose sur aucun fondement solide. Le match, suspendu temporairement, a été repris, le penalty a été exécuté et la rencontre menée à son terme, avec validation du résultat final. Dans ces conditions, requalifier l’incident en « abandon » constituerait, selon la fédération, une remise en cause des décisions prises sur le terrain, en contradiction avec la doctrine constante du Tribunal arbitral du sport (TAS).
Au-delà de la qualification juridique, la FSF pointe le caractère excessif de la sanction. Le retrait d’un titre continental pour un arrêt de jeu d’une quinzaine de minutes est considéré comme une mesure « ultra vires », c’est-à-dire prise au-delà des pouvoirs de l’instance. L’argument central repose sur la jurisprudence du TAS, qui privilégie la stabilité des résultats sportifs et la sécurité juridique des compétitions.
Face à cette situation, la FSF exige la suspension immédiate de la décision de la CAF, le gel de toute procédure de remise du trophée au Maroc ainsi que la communication du rapport complet de l’arbitre et des officiels. En parallèle, la fédération a annoncé la saisine du Tribunal arbitral du sport dans un délai de 48 heures, avec la possibilité de demander des mesures conservatoires pour protéger le palmarès de la compétition.
Pour rappel, la Commission d’appel de la CAF a déclaré le Sénégal forfait, homologuant un score de 3-0 en faveur du Maroc.
Au-delà du cas sénégalais, cette affaire pourrait constituer un test majeur pour la gouvernance du football africain, en posant la question des limites du pouvoir disciplinaire des instances face aux décisions arbitrales prises sur le terrain.
La bataille se déplace désormais à Lausanne. Et comme souvent en matière de droit du sport, l’issue dépendra d’un principe fondamental : la primauté du terrain face aux décisions administratives.