Une semaine après avoir dissous son gouvernement, le président de Madagascar, Michaël Randrianirina, a nommé au poste de Premier ministre Mamitiana Rajaonarison, jusque-là à la tête du service de renseignement financier. Une nomination qui intervient dans un contexte politique tendu et qui place un spécialiste de la lutte contre les flux financiers illicites au cœur de l’exécutif.
Ancien chef du service de renseignement financier du pays, il succède à Herintsalama Rajaonarivelo, limogé le 9 mars lors d’un remaniement marqué par la dissolution du gouvernement.
Une figure reconnue pour son intégrité
Ancien officier de la gendarmerie, Mamitiana Rajaonarison dirigeait depuis 2021 le SAMIFIN, l’organisme chargé de la lutte contre les flux financiers illicites, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Il s’est notamment illustré en 2017 en procédant à l’arrestation de la femme d’affaires Claudine Razaimamonjy, alors conseillère spéciale du président Hery Rajaonarimampianina, dans une affaire de corruption et de détournement de fonds publics.
Diplômé de l’Académie militaire d’Antsirabe, dont il est issu de la 23ᵉ promotion, Rajaonarison est également passé par l’École nationale d’administration et par l’École des officiers de la gendarmerie nationale en France.
Sa nomination est perçue par certains observateurs comme un signal adressé à une partie de la jeunesse malgache, en quête de figures politiques associées à la probité et à la lutte contre la corruption.
Une nomination dans un contexte politique tendu
Lors de la cérémonie de nomination au palais présidentiel, Michaël Randrianirina a insisté sur la nécessité de prendre des décisions fortes pour le pays.
« Cette nation malgache a besoin de grandes décisions. Nous sommes aujourd’hui à un tournant », a-t-il déclaré.
« Ce pays a besoin d’une personne intègre, incorruptible et fidèle à ses principes. »
Arrivé au pouvoir en octobre, le président fait face à un climat politique marqué par des tensions et par des manifestations initiées ces derniers mois par le mouvement citoyen Generation, qui réclame des réformes profondes.
Une transition politique annoncée
Le chef de l’État rejette les accusations de coup d’État, affirmant que son accession au pouvoir résulte d’un transfert constitutionnel décidé par la Cour constitutionnelle. Il s’est engagé à conduire une transition politique de deux ans, détaillée dans une feuille de route publiée fin février.
Ce plan prévoit notamment l’organisation de vastes consultations nationales en 2026, la rédaction d’une nouvelle Constitution et la tenue d’une élection présidentielle prévue pour fin 2027.
Selon l’analyste politique Velomahanina Razakamaharavo, chercheuse à l’université de Reading au Royaume-Uni, cette nomination ne semble pas être une décision improvisée. Elle estime que les appels à des réformes plus profondes et les campagnes en ligne ont largement contribué à façonner le climat politique actuel à Madagascar.