Nouvelle audience marquante au Pôle pénal économique et financier (PPEF) d’Abidjan, ce 19 février 2026 rapporte le journaliste Fernand Dedeh. Entre tensions, révélations et plaidoyers chargés d’émotion, le procès d’un ancien agent de la Banque Atlantique Côte d’Ivoire (BACI) poursuivi pour un détournement présumé de plus de 400 millions de F CFA a retenu l’attention de l’assistance. Face à des accusations jugées particulièrement graves par le ministère public, le tribunal s’est attaché à préserver l’équilibre entre fermeté judiciaire et respect du débat contradictoire tout au long des échanges.
Dès l’ouverture des échanges, la présidente du tribunal a fait preuve de calme et de rigueur pour tempérer l’ardeur du procureur de la République lors de l’audition du prévenu, identifié sous les initiales YF. Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public n’a pas mâché ses mots, évoquant des faits « qui saisissent les entrailles », accusant le prévenu d’avoir manipulé des documents liés à des successions pour obtenir des fonds appartenant notamment à des veuves, des veufs et des orphelins. Le parquet a requis sept ans de prison ferme, une amende de 600 millions de FCFA ainsi que des peines complémentaires.
À la barre, YF n’a pas nié les faits. Il reconnaît avoir imité la signature de ses supérieurs hiérarchiques pour déclencher certains paiements, affirmant avoir « vu une faille dans le système » avant d’y être lui-même piégé. Selon ses explications, il établissait des mémos au nom de commerçants plutôt qu’au nom des véritables bénéficiaires, exploitant des insuffisances dans la chaîne de vérification. « Vous n’êtes pas seul dans le circuit », lui a rappelé la présidente du tribunal, soulignant les interrogations sur les mécanismes de contrôle internes.
Les débats ont permis de revenir sur le mode opératoire. Dans le cadre de la liquidation de successions, les héritiers doivent fournir plusieurs documents, dont certificats de décès et actes administratifs. Malgré l’existence de trois niveaux de contrôle au sein des services opérationnels, le prévenu affirme avoir réussi à faire passer un chèque d’un milliard de FCFA, constatant selon lui des vérifications insuffisantes. Il reconnaît également avoir modifié le taux de commission bancaire, passé de 2,2 % à 5 %, sans alerter sa hiérarchie. Au total, il aurait perçu 227 millions de FCFA, dont 120 millions auraient servi à l’achat de deux véhicules.
À la barre, les responsables de la Banque Atlantique Côte d’Ivoire (BACI), constituée partie civile, ont indiqué qu’un audit interne déclenché après le départ du prévenu avait révélé un manque à gagner évalué à 446 430 186 FCFA. L’établissement réclame désormais le remboursement intégral des sommes détournées présumées.
De son côté, la défense a plaidé la clémence, invoquant la personnalité du prévenu et son attitude coopérative durant l’enquête. « Mon client n’est pas un monstre », a déclaré l’avocat, évoquant un homme ayant initialement voulu aider des clients en difficulté avant de céder à la tentation. Un plaidoyer empreint d’humanité, dans une affaire où les responsabilités individuelles se mêlent aux défaillances systémiques.
Le verdict du tribunal est attendu le 12 mars 2026, une décision très attendue qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la criminalité économique et financière.