Sénégal : l’ancien président Abdoulaye Wade fête ses 100 ans

par la rédaction
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Tour à tour opposant, prisonnier politique, avocat, professeur puis président de la République, Abdoulaye Wade aura traversé un siècle d’histoire sénégalaise en laissant une empreinte profonde sur la vie politique du pays. Figure aussi admirée que contestée, l’ancien chef de l’État a façonné l’alternance démocratique au Sénégal et marqué plusieurs générations en Afrique. À l’occasion de son centenaire, Prémices Média revient sur le parcours d’un homme devenu l’un des visages majeurs de la politique sénégalaise contemporaine.

Fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) et artisan de la première alternance démocratique au Sénégal en 2000, Abdoulaye Wade demeure une figure centrale de la vie politique sénégalaise. Né le 29 mai 1926, l’ancien chef de l’État a traversé un siècle de mutations politiques, institutionnelles et économiques.

Si plusieurs sources situent sa naissance à Saint-Louis, dans le nord du Sénégal, d’autres évoquent la ville de Kébémer, où son père l’aurait fait enregistrer afin qu’il bénéficie du statut de citoyen français dans le contexte colonial de l’époque.

Issu d’un milieu modeste, Abdoulaye Wade grandit dans un environnement marqué par l’influence de son père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Après une formation à l’École normale William Ponty, établissement emblématique de la formation des élites africaines sous l’administration coloniale française, il poursuit des études supérieures en France.

Entre Paris, Besançon et Grenoble, il construit un parcours universitaire dense, accumulant des diplômes en droit, économie, philosophie, psychologie et sociologie. C’est également en France qu’il rencontre Viviane Vert, qui deviendra son épouse et avec qui il aura deux enfants, Karim et Sindiély Wade.

De retour au Sénégal au lendemain de l’indépendance, Abdoulaye Wade enseigne le droit à l’Université de Dakar tout en exerçant comme avocat au barreau de la capitale. Il se fait rapidement connaître à travers plusieurs dossiers politiques majeurs, notamment lors du procès de Mamadou Dia après la crise politique de 1962.

Agrégé des facultés de droit et de sciences économiques, il devient doyen de la faculté de droit de Dakar en 1970 avant de s’impliquer davantage dans les institutions panafricaines et les réflexions sur le développement du continent.

En 1974, il fonde le Parti démocratique sénégalais, qui deviendra progressivement la principale force d’opposition face au Parti socialiste au pouvoir. Pendant plus de deux décennies, Abdoulaye Wade incarne l’opposition sénégalaise, multipliant les candidatures présidentielles face à Léopold Sédar Senghor puis Abdou Diouf.

Le 19 mars 2000 marque un tournant décisif. Avec plus de 58 % des voix, Abdoulaye Wade remporte l’élection présidentielle face à Abdou Diouf et met fin à quarante années de pouvoir socialiste. Cette victoire, saluée à travers le continent, consacre la première alternance démocratique pacifique du Sénégal et popularise le slogan « Sopi », qui signifie « changement » en wolof.

Au pouvoir entre 2000 et 2012, Abdoulaye Wade engage plusieurs réformes institutionnelles et économiques. Son mandat est notamment marqué par des projets d’infrastructures, le développement du réseau routier, l’électrification rurale ainsi que la construction d’équipements publics.

Sur le plan continental, il joue un rôle actif dans la promotion du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), initiative destinée à renforcer l’intégration et le développement économique du continent.

Son passage à la tête du Sénégal reste également associé à des projets symboliques comme le Monument de la renaissance africaine ou le Musée des civilisations noires.

Réélu en 2007 dès le premier tour, Abdoulaye Wade voit cependant sa volonté de briguer un troisième mandat en 2012 provoquer une importante contestation politique et sociale. Battu par Macky Sall, il quitte le pouvoir après avoir reconnu sa défaite.

Malgré les critiques ayant entouré sa gouvernance et les accusations de népotisme liées au rôle joué par son fils Karim Wade, Abdoulaye Wade conserve une place particulière dans l’histoire politique du Sénégal. À l’approche de son centenaire, l’hommage national annoncé par les autorités traduit la reconnaissance d’un parcours qui aura durablement marqué la démocratie sénégalaise.

FED

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