Criminalité financière/Bénin : la CENTIF a enregistré 529 signalements en 2025, dont sept dossiers transmis à la CRIET

par la rédaction
0 commentaires

En 2025, la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) du Bénin a enregistré 529 déclarations d’opérations suspectes (DOS), en progression par rapport aux 510 signalements de 2024 et aux 443 de 2023. Si cette évolution traduit un renforcement de la vigilance des professionnels assujettis, le véritable défi réside désormais dans la transformation de ces renseignements financiers en résultats judiciaires concrets, à l’approche de l’évaluation mutuelle du Groupe d’action financière (GAFI).

Selon le Rapport annuel d’activités 2025 de la Centif, cette progression confirme le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.

Pour Abdou Rafiou BELLO, le président de la Centif, « les résultats présentés dans ce rapport témoignent d’une dynamique encourageante, notamment en matière d’amélioration de la qualité du renseignement financier, de renforcement de l’orientation opérationnelle des dossiers vers les autorités compétentes et de développement des outils de traitement et d’analyse». Les actions conduites en 2025 ont ainsi permis de « mieux détecter, comprendre et contrer les flux financiers illicites », souligne-t-il.

Parallèlement, les déclarations d’opérations en espèces (DOE) ont atteint 511 589, un volume supérieur de plus de trois fois à celui enregistré en 2021, bien qu’en léger retrait par rapport au niveau record observé en 2024. Les banques demeurent les principaux contributeurs du dispositif avec 503 840 DOE, soit 98,5 % des déclarations, ainsi que 449 DOS, représentant 84,9 % des opérations suspectes signalées à la Centif.

L’analyse des signalements met en évidence une évolution des menaces. Les escroqueries et les faits de cybercriminalité liés aux transferts instantanés représentent 35,2 % des dossiers traités, devant la fraude fiscale (23,3 %). Les infractions liées aux jeux de hasard et aux mouvements d’espèces d’origine douteuse concentrent 18,7 % des signalements, tandis que la corruption, les fraudes et les abus de biens sociaux représentent 14,4 %.

Le rapport relève également l’apparition de nouveaux mécanismes de blanchiment exploitant les terminaux de paiement électronique (TPE) et d’autres instruments numériques, illustrant la capacité d’adaptation des organisations criminelles face à la digitalisation croissante des services financiers.

Sur le plan opérationnel, la Centif a produit 154 notes de renseignement financier en 2025, soit une progression de 27 % par rapport à l’année précédente. La répartition de ces analyses traduit une coopération renforcée entre les différentes administrations. Le Centre national d’investigations numériques (CNIN) a reçu 117 notes, la Direction générale des impôts (DGI) en a reçu 18, tandis que sept rapports d’enquête ont été transmis au procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).

L’institution a également exercé son droit d’opposition sur cinq opérations suspectes, permettant le blocage temporaire de 1,16 milliard de FCFA, afin d’empêcher la dissipation de fonds susceptibles d’être liés à des activités illicites.

Pour autant, l’amélioration quantitative des signalements ne suffit pas à garantir l’efficacité du dispositif. Le rapport souligne que 25,3 % des déclarations reçues demeurent de qualité insuffisante, limitant leur exploitation opérationnelle et ralentissant les investigations.

« La qualité des déclarations reçues, la compréhension des risques émergents, notamment liés aux nouvelles technologies, ainsi que la transformation du renseignement financier en résultats judiciaires concrets, constituent autant de priorités pour les années à venir», insiste le président de la Centif.

Dans cette perspective, la mise à jour de l’Évaluation nationale des risques intègre désormais de nouvelles formes de criminalité, notamment la criminalité environnementale ainsi que le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Ces travaux serviront de socle à la future Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive pour la période 2026-2030.

À deux ans de l’évaluation mutuelle du GAFI, le Bénin entre dans une phase décisive. Au-delà de l’augmentation du nombre de signalements, les standards internationaux mesureront désormais la capacité des autorités à convertir le renseignement financier en enquêtes approfondies, poursuites judiciaires, confiscations d’avoirs et condamnations effectives. C’est sur ce terrain de l’efficacité opérationnelle que sera appréciée la robustesse du dispositif national de lutte contre la criminalité financière.

RPM

Vous aimerez aussi

Laisser un Commentaire