L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un nouvel enjeu stratégique pour les professionnels de la conformité. Réunis à Lomé à l’occasion de la troisième édition de la Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers (GRCRO), des régulateurs, magistrats, responsables de conformité, établissements financiers, universitaires, entreprises technologiques et institutions internationales issus de 46 pays examinent les opportunités, mais également les risques, liés à l’utilisation de cette technologie dans la lutte contre la fraude, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Les travaux, ouverts le 8 juillet 2026 par le ministre togolais de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, portent cette année sur le thème : « La fraude, la corruption et les autres infractions sous-jacentes au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme à l’ère de l’intelligence artificielle ».
Dans un contexte où les organisations criminelles intègrent de plus en plus les technologies d’intelligence artificielle dans leurs modes opératoires, les échanges visent à identifier des réponses adaptées aux nouveaux risques auxquels sont confrontés les institutions financières et les dispositifs nationaux de conformité. Les participants analysent notamment les possibilités offertes par l’IA pour améliorer la détection des opérations suspectes, renforcer les mécanismes de contrôle et accroître l’efficacité des systèmes de surveillance des risques.
Pour Nikada Batchoudi, directeur général de l’Africa Compliance Academy et président de l’Association togolaise des Compliance Officers (ATCO), l’évolution des techniques de fraude impose une adaptation rapide des dispositifs de conformité. Selon lui, les réseaux criminels exploitent désormais l’intelligence artificielle pour produire des documents falsifiés, créer des identités numériques crédibles, générer des contenus manipulés par « deepfake » ou encore automatiser des escroqueries à grande échelle.
« Il faut faire de l’IA un allié de la lutte et non une menace », a-t-il déclaré, estimant que les institutions doivent revoir leurs approches de surveillance afin de suivre le rythme d’une criminalité financière devenue plus sophistiquée.
Le responsable souligne également qu’une véritable compétition technologique s’est installée entre les fraudeurs et les professionnels de la conformité. Les premiers utilisent l’intelligence artificielle pour contourner les contrôles, tandis que les seconds cherchent à l’exploiter pour renforcer leurs capacités d’analyse, de détection et de prévention. Dans cette perspective, la maîtrise des outils numériques et le développement des compétences apparaissent comme des facteurs déterminants pour préserver l’efficacité des dispositifs de contrôle.
Les panels organisés durant cette troisième édition de la GRCRO ont précisément pour objectif d’accompagner cette montée en compétence des acteurs publics et privés. Les discussions portent sur les meilleures pratiques internationales, les innovations technologiques et les évolutions réglementaires applicables à la lutte contre les crimes financiers.
Cette dynamique s’appuie sur plusieurs institutions spécialisées, notamment la Haute Autorité pour la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) ainsi que la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF-Togo), qui participent au renforcement du cadre national de prévention et de répression du blanchiment de capitaux.
Au-delà des réflexions engagées à Lomé, les organisateurs défendent une ambition plus large : doter le continent d’outils, de compétences et de référentiels adaptés à ses réalités. C’est dans cette perspective qu’ils ont annoncé le déploiement progressif d’une certification de conformité conçue pour le contexte africain, appelée à accompagner la professionnalisation des fonctions de conformité et de gestion des risques au sein des institutions financières et des entreprises.
RPM