Par Tidiane Ndiaye, Directeur Général d’Air Sénégal
Les compagnies aériennes africaines font face à une crise sans précédent provoquée par la forte hausse du prix du carburant aérien (Jet A1) observée depuis la mi-mars 2026. Cette envolée des coûts résulte principalement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui perturbent les chaînes mondiales d’approvisionnement, notamment à travers les difficultés de circulation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
Le carburant représente en moyenne près de 30 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne. Dans ce contexte, de nombreux transporteurs africains ont été contraints de : réduire ou réorganiser leurs programmes de vols ; d’ajuster leurs capacités afin de contenir l’impact financier et suspendre certaines liaisons internationales devenues insuffisamment rentables.
Selon S&P Global, environ 70 % des importations africaines de carburant d’aviation transitent par le détroit d’Ormuz, véritable artère énergétique mondiale. Depuis fin février 2026, les perturbations du trafic maritime au départ des raffineries du Golfe ont fortement ralenti les flux d’approvisionnement, affectant une zone par laquelle transitent près de 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié.
L’impact sur les marchés est spectaculaire : +76 % de hausse du prix du baril de kérosène depuis le début du conflit ; un niveau record de 171 dollars le baril ; soit un prix deux fois supérieur à celui observé le 2 janvier 2026, selon des données de S &P Global.
Cette flambée exerce une pression croissante sur la rentabilité des compagnies aériennes africaines et menace directement la connectivité régionale et internationale du continent.
Face à l’augmentation continue des coûts d’exploitation, les compagnies n’ont que peu de marges de manœuvre : réduction des dessertes les moins rentables ; suspension temporaire de certaines lignes ; mise en place ou renforcement des surtaxes carburant et hausse progressive des tarifs aériens.
Le hedging : un outil de protection encore sous-utilisé
Dans ce contexte, le recours aux mécanismes de couverture du risque carburant (hedging) devient un enjeu stratégique majeur. Cette pratique consiste à sécuriser à l’avance une partie du coût du carburant grâce à des instruments financiers tels que : les contrats à terme ; les options et les swaps.
L’objectif est de réduire l’exposition à la volatilité des marchés et d’obtenir une meilleure visibilité sur les dépenses futures.
La mutualisation des achats : une piste africaine à explorer
Une autre solution réside dans la mutualisation des achats de carburant entre compagnies africaines. Une telle approche permettrait : d’accroître le pouvoir de négociation auprès des fournisseurs ; d’obtenir des conditions tarifaires plus avantageuses ; de renforcer la compétitivité des transporteurs du continent.
Cependant, la majorité des compagnies africaines continue d’acheter son carburant au comptant et demeure fortement exposée aux fluctuations des marchés internationaux.
Dans un environnement marqué par une forte volatilité énergétique et des incertitudes géopolitiques persistantes, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 % des coûts d’exploitation liés au carburant ; 70 % des importations africaines dépendantes du détroit d’Ormuz ; 20 % des flux mondiaux d’énergie concernés ; +76 % de hausse du prix du kérosène et 171 dollars le baril.
Face à ces réalités, l’adoption de stratégies d’anticipation, de couverture des risques et de coopération régionale n’est plus une option mais une condition essentielle pour garantir la résilience, la compétitivité et la pérennité du transport aérien africain.