Par décret signé le 4 mai 2026, le président de la République, Paul Biya, acte la transformation d’Eneo en Société camerounaise d’électricité (Socadel), désormais dotée du statut de société à capital entièrement public, deux mois après le règlement de 78 milliards de FCFA au fonds britannique Actis pour le rachat de sa participation majoritaire.
Cette opération avait permis à l’État de porter sa participation à 95 % du capital d’Eneo, les 5 % restants étant réservés aux employés. La transformation juridique opérée consacre désormais l’État comme actionnaire unique de la nouvelle entité, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Son capital social est fixé à 43,9 milliards de FCFA, avec un siège établi à Douala.
Au-delà du changement de dénomination, cette évolution marque la fin d’un modèle de gouvernance associant capitaux publics et privés, en place depuis plus de deux décennies. Les statuts retracent le parcours de l’entreprise, de la SONEL à l’ouverture du capital, à l’entrée d’AES Cameroon Holdings en 2001, puis à la transformation en Eneo en 2014, jusqu’au rachat des parts privées par l’État en 2026.
Le décret de création de la Socadel précise que la société n’est pas soumise au Code des marchés publics, tout en restant encadrée par les règles applicables aux entreprises publiques. Sur le plan opérationnel, elle reprend l’essentiel des effectifs de l’ex-Eneo, tandis que la convention de concession existante est transférée à la nouvelle structure, sous réserve d’éventuels ajustements.
La reconfiguration de la gouvernance accompagne cette transformation. Un conseil d’administration a été nommé pour un mandat de trois ans renouvelable une fois, avec des représentants de la présidence, de la primature et de plusieurs ministères clés, ainsi que des dirigeants d’entités publiques du secteur, dont Sonatrel et Electricity Development Corporation. Le représentant du personnel reste à désigner.
Si cette mutation clarifie la question du contrôle capitalistique, elle n’épuise pas les enjeux liés à la performance du secteur. Avant sa reprise en main par l’État, Eneo faisait face à des contraintes financières importantes et à des déséquilibres structurels dans la chaîne électrique. La transformation en Socadel ouvre ainsi une nouvelle phase, centrée sur la capacité de l’entreprise à améliorer la qualité de service, à mobiliser des financements et à répondre aux besoins croissants en électricité.
Les statuts prévoient que la direction générale sera nommée par le conseil d’administration sur proposition de l’actionnaire unique. Cette disposition marque le début d’un nouveau cycle de gouvernance, dans lequel l’État assume désormais l’ensemble des responsabilités stratégiques et opérationnelles liées à l’opérateur historique du secteur électrique.
FED