En déplacement à Nairobi dans le cadre du sommet Africa Forward, le président français Emmanuel Macron a relancé le débat autour de l’avenir du franc CFA, affirmant que la France avait déjà accompli sa part des réformes engagées depuis 2019 et que les États africains concernés devaient désormais décider eux-mêmes de la suite du processus.
« J’attends vraiment d’eux qu’ils aillent au bout pour changer le nom », a déclaré le chef de l’État français lors d’un entretien accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde en marge du sommet. Emmanuel Macron a rappelé que Paris avait supprimé plusieurs mécanismes historiques liés au système CFA, notamment l’obligation de dépôt des réserves de change au Trésor français ainsi que la présence française au sein des instances de gouvernance de Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Le président français a toutefois précisé que la garantie de convertibilité du franc CFA avait été maintenue à la demande des États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. « Beaucoup nous disent : on a besoin encore d’avoir la garantie sur les réserves parce que sinon on est trop attaqués sur nos monnaies », a-t-il expliqué. Selon lui, les États africains disposent désormais des leviers nécessaires pour finaliser eux-mêmes la transformation du dispositif monétaire.
Emmanuel Macron a également indiqué avoir chargé l’économiste Jean-Michel Severino de redonner une dynamique au dossier et avoir évoqué le sujet avec Alassane Ouattara lors du sommet. Le chef de l’État français estime qu’une intégration régionale plus large, à la fois monétaire et commerciale, constituerait un intérêt stratégique pour les pays ouest-africains.
Le franc CFA reste actuellement utilisé dans deux espaces monétaires distincts : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe huit pays, et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), composée de six États. Malgré leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger continuent notamment d’utiliser le franc CFA au sein de l’UEMOA.
Ces déclarations interviennent alors que le projet de monnaie unique ECO continue d’accumuler des retards. Lors de sa 68e session ordinaire organisée à Abuja en décembre 2025, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest avait exprimé ses inquiétudes concernant le faible niveau de convergence macroéconomique entre les États membres à moins de deux ans de l’échéance annoncée pour le lancement de l’ECO.
Présidée par Julius Maada Bio, la conférence des chefs d’État avait demandé la réactivation du groupe de travail présidentiel chargé de la monnaie unique afin d’accélérer les discussions sur les questions techniques et politiques encore en suspens. Le projet ECO continue ainsi de se heurter aux difficultés de convergence économique des États membres et aux divergences sur l’architecture institutionnelle de la future monnaie régionale.
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