Réuni le 15 avril 2026 sous la présidence de Alassane Ouattara, le Conseil des ministres ivoirien a adopté une ordonnance instituant le Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI). La décision marque une inflexion notable dans la doctrine économique du pays : l’État ne se limite plus à réguler ou à accompagner l’investissement privé, il entend désormais intervenir comme acteur financier de premier plan.
À travers ce nouvel instrument, les autorités ivoiriennes affichent une stratégie de long terme. Le FSD-CI aura pour mission de gérer et de valoriser les actifs stratégiques de l’État, tout en finançant ou structurant des projets jugés essentiels pour la transformation de l’économie nationale. Dans un contexte de compétition accrue pour l’accès aux capitaux, le gouvernement veut se doter de capacités de financement plus autonomes et plus puissantes.
L’architecture du fonds repose sur trois piliers. Un premier compartiment sera consacré aux infrastructures, avec l’objectif de soutenir les investissements structurants et de réduire les déficits encore persistants dans des secteurs clés. Un second, orienté vers la stabilisation économique, devra jouer un rôle contracyclique face aux chocs extérieurs, notamment ceux liés à la volatilité des marchés internationaux et des matières premières. Enfin, un troisième volet sera dédié aux placements financiers stratégiques afin de constituer une épargne publique de long terme.
Cette organisation traduit une approche qui cherche à concilier impératifs de croissance, stabilité macroéconomique et préparation de l’avenir. Elle rapproche la Côte d’Ivoire des pays qui utilisent les fonds souverains non seulement comme réserve de richesse, mais aussi comme instrument de politique industrielle et budgétaire.
La création du FSD-CI s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation du secteur financier public ivoirien. Depuis plusieurs années, les autorités ont renforcé plusieurs leviers institutionnels, parmi lesquels la Caisse de Dépôt et de Consignation, les mécanismes de garantie en faveur des PME et la réforme des caisses de retraite. Le nouveau fonds apparaît comme une pièce supplémentaire de cet ensemble, appelé à accroître la capacité d’intervention publique sur l’économie réelle.
Son financement reposera principalement sur une quote-part des revenus tirés des ressources minières et énergétiques, ainsi que sur le transfert de certains actifs publics. Le pari est clair : convertir des ressources épuisables en actifs durables, capables de générer de la valeur sur plusieurs générations. Une logique souvent présentée comme l’antidote aux fragilités structurelles des économies dépendantes des matières premières.
Reste la question décisive de la gouvernance. Conscientes des exigences attachées à ce type de véhicule financier, les autorités mettent en avant un cadre inspiré des standards internationaux, fondé sur la gestion des risques, le contrôle interne, la transparence et la reddition de comptes. La crédibilité du dispositif sera déterminante pour attirer des partenaires extérieurs et rassurer les investisseurs.
Au-delà de l’outil lui-même, la création du FSD-CI révèle une évolution plus profonde de l’action publique ivoirienne. Dans un environnement mondial marqué par l’incertitude, la Côte d’Ivoire fait le choix d’un État stratège, capable de mobiliser ses ressources, d’investir dans ses priorités et de préparer son avenir économique.