Félix Tshisekedi : « Si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai »

par la rédaction
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À Kinshasa, Félix Tshisekedi a franchi une nouvelle étape dans un débat qui agite la scène politique congolaise depuis plusieurs mois. Lors d’une conférence de presse organisée le 6 mai à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le chef de l’État congolais a laissé entendre que l’élection présidentielle prévue en 2028 pourrait ne pas se tenir si la guerre persistait dans l’est du pays.

Devant plusieurs centaines de journalistes nationaux et internationaux, le président a longuement évoqué la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, toujours marquées par les violences armées. « Si on ne peut pas finir rapidement cette guerre, malheureusement on ne pourra pas organiser les élections en 2028. On ne peut pas organiser les élections sans les villes occupées », a-t-il déclaré, établissant un lien direct entre le calendrier électoral et l’évolution du conflit.

Pour justifier cette hypothèse, Félix Tshisekedi a cité l’exemple de l’Ukraine, où les élections ont été reportées en raison de la guerre avec la Russie. « Comment organiser des élections avec le couteau sous la gorge ? », a-t-il lancé en référence à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Mais au-delà de la guerre, ce sont surtout ses propos sur un éventuel troisième mandat qui ont rapidement retenu l’attention. Interrogé sur cette perspective, il a affirmé ne pas être demandeur d’un nouveau mandat, tout en laissant la porte ouverte à cette possibilité : « Je ne sollicite pas le troisième mandat, mais si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai. »

Depuis plusieurs mois, des responsables de Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, évoquent publiquement l’idée d’une réforme constitutionnelle. Le slogan « Tout droit ti na 3 » est progressivement devenu un mot d’ordre relayé dans certains rassemblements politiques favorables au pouvoir. Lors de sa conférence de presse, le président congolais a également assumé sa volonté de modifier la Constitution, affirmant que cette ambition remontait à 2006. Selon lui, certaines réformes institutionnelles figureraient également parmi les engagements pris dans le cadre des accords conclus avec les États-Unis, notamment sur les questions liées à la justice.

Ces déclarations ont immédiatement suscité des réactions au sein de l’opposition. Sur le réseau X, Prince Epenge a accusé le président de préparer « un troisième mandat par acclamation ». Il a également rappelé que l’élection présidentielle de 2023 avait été organisée malgré l’occupation de Bunagana par les rebelles. De son côté, Claudel Lubaya, proche de l’ancien président Joseph Kabila, a rejeté toute perspective de troisième mandat, estimant qu’aucune interprétation de la Constitution ne pouvait justifier une prolongation du pouvoir. Même position chez Delly Sesanga, candidat à la présidentielle de 2023, qui a dénoncé une tentative de « troisième mandat par plébiscite » et appelé les « démocrates » à empêcher « cette dérive ».

Interrogé enfin sur une éventuelle issue à la crise sécuritaire dans l’est du pays, Félix Tshisekedi s’est montré plus évasif. « Seul Dieu sait », a-t-il répondu, laissant planer l’incertitude sur l’évolution du conflit comme sur l’avenir politique du pays.

RPM

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