Le congrès extraordinaire du CNDD-FDD n’a laissé place à aucun suspense. Réuni à Gitega, le parti présidentiel a investi dimanche Évariste Ndayishimiye comme candidat à l’élection présidentielle de 2027, dont la date n’a pas encore été fixée.
Âgé de 57 ans, le chef de l’État dirige le Burundi depuis juin 2020, après la mort de Pierre Nkurunziza, dont il fut l’un des proches piliers du régime. Son accession au pouvoir avait alors suscité l’espoir d’une inflexion politique, nourrie par quelques gestes d’ouverture, notamment envers la presse et certains détenus.
Ces signes initiaux ont cependant laissé place à un exercice du pouvoir jugé plus autoritaire par ses opposants et par plusieurs organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une répression persistante des voix dissidentes.
Sur le réseau X, le président a remercié les militants de son parti pour leur confiance et promis de poursuivre « le travail en cours » afin que chaque Burundais puisse « s’enrichir dans la quiétude ».
Dans les faits, sa reconduction comme candidat le place en position de force pour décrocher un nouveau mandat de sept ans. Le CNDD-FDD domine la vie politique burundaise depuis 2005 et contrôle l’essentiel des institutions.
Les élections législatives de juin 2025 avaient déjà illustré cette emprise : le parti au pouvoir avait remporté l’ensemble des sièges, un résultat contesté par l’opposition, qui avait dénoncé un scrutin biaisé.
Pour plusieurs responsables opposants, l’annonce de cette candidature ne constitue qu’une formalité. Epitace Nshimirimana, porte-parole du Mouvement pour la solidarité et le développement, dont le dirigeant vit en exil, estime qu’il ne s’agira pas d’une élection conforme aux standards internationaux.
Le Burundi demeure confronté à une situation économique fragile. Pays enclavé de la région des Grands Lacs, peuplé d’environ 15 millions d’habitants, il a été classé en 2024 comme le pays le plus pauvre du monde par Banque mondiale. Les pénuries de carburant, de devises et de produits essentiels y sont récurrentes.
Le parcours d’Évariste Ndayishimiye reste intimement lié à l’histoire tourmentée du pays. Étudiant en droit au début de la guerre civile déclenchée en 1993, il rejoint la rébellion après les massacres interethniques du milieu des années 1990. Il deviendra plus tard l’un des négociateurs de l’accord de cessez-le-feu signé en 2003, qui mit fin à un conflit ayant fait au moins 300 000 morts.
Mais la mémoire politique récente du Burundi reste dominée par la crise de 2015, déclenchée par la candidature controversée de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. La contestation avait été violemment réprimée, provoquant morts, exils massifs et graves violations des droits humains.
À l’approche de 2027, la candidature de Ndayishimiye apparaît donc moins comme une surprise que comme le prolongement d’un système politique solidement verrouillé, où l’alternance demeure, pour l’heure, une hypothèse lointaine.