Sénégal : ce qui a conduit au limogeage du premier ministre Ousmane Sonko

par la rédaction
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La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble désormais consommée. Vendredi 22 mai, le chef de l’État sénégalais a mis fin aux fonctions de son premier ministre, quelques heures après une intervention très suivie de ce dernier devant les députés.

Lors de cette séance à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko s’était notamment insurgé contre l’existence des fonds politiques, relançant les débats autour de la gouvernance et du fonctionnement de l’État. Mais derrière cette séquence parlementaire, les tensions entre les deux hommes s’étaient déjà installées depuis plusieurs semaines.

Au début du mois de mai, Bassirou Diomaye Faye avait pourtant tenté de calmer les spéculations autour d’une possible crise au sommet de l’exécutif. Dans un entretien accordé à trois chaînes de télévision, le président sénégalais avait réaffirmé sa confiance envers son premier ministre. « Il est mon Premier ministre. Tant qu’il est là, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait-il déclaré.

Dès le lendemain, Ousmane Sonko avait répondu de manière indirecte lors d’une adresse à ses militants. Le leader du Pastef avait appelé ses partisans à renforcer leur engagement politique, affirmant que le projet porté par son parti dépassait les ambitions individuelles et reposait avant tout sur le sacrifice et le service de la nation.

Quelques jours plus tard, un autre épisode est venu alimenter les tensions entre les deux camps. Le président Bassirou Diomaye Faye a nommé Me Abdoulaye Tine comme porte-parole de la présidence, en remplacement d’Ousseynou Ly, réputé proche d’Ousmane Sonko. Après son départ, Ousseynou Ly avait publiquement réaffirmé sa fidélité au leader du Pastef et au projet politique qu’il incarne.

Au cœur des divergences figure également l’avenir de la coalition Diomaye Président, qui avait porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir lors de l’élection présidentielle de 2024. Ousmane Sonko plaiderait pour une dissolution progressive de cette plateforme politique, tandis que le chef de l’État souhaiterait préserver cette alliance électorale.

Cette crise politique intervient dans un contexte économique tendu pour le Sénégal. Le pays fait face à un ralentissement de l’activité économique et à une forte pression sur les finances publiques. La dette publique atteindrait près de 132 % du produit intérieur brut, tandis que la note souveraine du Sénégal a récemment fait l’objet de plusieurs dégradations. Les autorités restent également dans l’attente d’un nouveau partenariat avec le Fonds monétaire international.

La décision du président Bassirou Diomaye Faye marque une étape importante dans l’évolution des rapports entre les deux hommes, longtemps présentés comme les principales figures d’un même projet politique. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat du Pastef. Celui-ci s’était imposé dès le premier tour face à Amadou Ba, avec plus de 54 % des suffrages.

Un peu plus de deux ans après cette victoire, le tandem politique qui avait incarné l’alternance au Sénégal traverse désormais une crise ouverte dont les conséquences pourraient durablement redessiner les équilibres au sein du pouvoir sénégalais.

RPM

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