La date du 23 juin 2026 marque une étape importante pour les entreprises opérant au Cameroun. Dix-huit mois après la promulgation de la loi n° 2024/017 du 23 décembre 2024 relative à la protection des données à caractère personnel, la période transitoire accordée aux organisations arrive à son terme. À partir de cette échéance, les entités concernées devront démontrer leur conformité aux nouvelles exigences encadrées par l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP), sous peine de sanctions.
Cette réforme introduit un cadre juridique dédié à la collecte, au traitement, au stockage et au partage des données personnelles. Son champ d’application couvre l’ensemble des structures manipulant des informations permettant d’identifier une personne physique, qu’il s’agisse de clients, de salariés, de fournisseurs ou de partenaires. Pour les entreprises, la conformité devient ainsi une obligation réglementaire qui concerne aussi bien les grandes sociétés que les PME, les administrations ou les startups.
Les secteurs manipulant d’importants volumes de données sensibles figurent parmi les plus exposés. Dans la finance et les fintechs, les dispositifs de connaissance du client (KYC), l’utilisation de données biométriques et la gestion des historiques de crédit devront répondre à des exigences renforcées de consentement et de sécurisation. Les opérateurs de télécommunications, qui traitent quotidiennement des volumes importants de données de communication et de localisation, sont également appelés à revoir leurs pratiques de conservation et de partage des informations.
Le secteur de la santé est lui aussi concerné par des obligations particulières. La loi classe les données médicales parmi les informations les plus sensibles et impose des mesures spécifiques de protection, notamment en matière de stockage et de chiffrement. Les entreprises technologiques et les acteurs du numérique devront pour leur part intégrer davantage de transparence dans leurs modèles reposant sur l’exploitation des données et le développement de solutions basées sur l’intelligence artificielle.
Le non-respect des dispositions prévues par la loi expose les organisations à des conséquences importantes. Les sanctions administratives peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions de francs CFA, voire être calculées sur une part du chiffre d’affaires annuel dans les cas les plus graves. Au-delà de l’aspect financier, certaines mesures peuvent limiter ou suspendre les activités de traitement de données, avec des impacts potentiellement majeurs sur la continuité des services numériques. La responsabilité pénale des dirigeants peut également être engagée en cas de manquements caractérisés ou de violations graves de la vie privée.
Pour réussir leur transition, les spécialistes recommandent en priorité la réalisation d’une cartographie complète des données traitées par l’organisation. Cet exercice permet d’identifier les informations collectées, leurs finalités, les personnes qui y ont accès ainsi que les éventuelles failles de sécurité. La désignation d’un Délégué à la protection des données (DPO) apparaît également comme un levier central pour piloter la mise en conformité et assurer les relations avec l’autorité de régulation.
Les entreprises sont par ailleurs invitées à formaliser leurs dispositifs internes à travers l’élaboration de politiques de confidentialité, la tenue de registres de traitement et la mise en place de procédures de notification en cas de violation de données. L’intégration du principe de « Privacy by Design » dans les nouveaux projets numériques constitue également l’une des exigences mises en avant par les experts du secteur.
À l’approche de l’entrée en vigueur effective du dispositif, la protection des données personnelles s’impose désormais comme un enjeu de gouvernance et de gestion des risques pour les organisations camerounaises. Au-delà du respect de la réglementation, cette mise en conformité est également perçue comme un facteur de confiance susceptible de renforcer l’attractivité des entreprises auprès des investisseurs, partenaires et utilisateurs dans un environnement numérique en pleine expansion.
RPM